Lecture: 4 min

Par Martin Dumont

Vous est-il déjà arrivé de repenser à ces journées qui ont radicalement transformé le cours de votre vie ?

Pour moi, l’une d’elles s’est déroulée en 2023, à l’époque où j’exerçais le métier de journaliste.

On m’avait confié un mandat en apparence anodin : couvrir l’événement VIP organisé par Palliacco pour la Randonnée sous les étoiles . Une partie de moi voyait cette affectation comme tant d’autres : quelques questions posées, quelques prises de photos, puis un retour express devant mon ordinateur pour rédiger l’article avant le deadline. Bref, business as usual. J’étais alors loin de me douter que ce jour-là, ma vie prendrait un tout autre chemin.

Une mission de coeur

C’était une magnifique journée d’hiver, où quelques flocons épars dansaient délicatement sur le tapis glacé des sentiers du Domaine Saint-Bernard à Mont-Tremblant. Comme beaucoup, j’avais déjà entendu parler de Palliacco, sans jamais en saisir véritablement l’essence, la profondeur de sa mission.

Pour moi, comme pour une grande majorité de gens, l’évocation de sujets tels que la fin de vie, le cancer ou le deuil déclenche une alarme intérieure. Une voix subtile, mais insistante, me suggérait que la seule évocation de ces sujets pouvait attirer le malheur.

Pourtant, tandis que j’écoutais les bénévoles et les employés de Palliacco parler de leur mission avec une passion et un engagement palpable, un sentiment étrange m’envahit. C’était comme si l’on s’apprêtait à me révéler un secret dont je n’étais pas digne d’être le confident. Mon premier réflexe fut de me refermer, de tourner le dos à cette ouverture du cœur.

Déstabilisant

Car entendre parler de la mort, du cancer et du deuil de manière positive, c’est profondément déstabilisant ! Apprendre qu’une conscience accrue de la fragilité de la vie nous permet de mieux l’apprécier, de mieux appréhender la mort, bouleverse nos certitudes et rassure à la fois. C’est un sentiment qu’on ne peut ignorer, et il me poursuivit tout au long de ma marche en forêt.

Pour dissiper ce malaise grandissant, je me suis ancré dans mon rôle de journaliste, celui qui doit rapporter la nouvelle avec une froide objectivité. Mais voilà, malgré le fait que l’on soit en hiver, je ne vois pas de froideur dans le langage de ces gens.

Sur un sentier en pleine nature, j’accompagne les bénévoles, les employés et les anciens bénéficiaires de Palliacco, réunis pour cette journée spéciale. Je tends l’oreille, à l’affût d’une histoire dramatique qui ferait de mon article la Une de la prochaine édition du journal. Mais les gens semblent se soucier davantage des petits oiseaux et des chevreuils que du journaliste. Tout ce que je récolte, ce sont des regards contemplatifs, des rires spontanés et de petits gestes de compassion déployés avec douceur et discrétion. Adieu la froideur journalistique ! Prisonnier de mes pensées, je jalouse la capacité de ces gens à vivre pleinement l’instant présent.

La révélation

Tranquillement, l’envie de jouer au journaliste se dissipe. Un souhait inconscient prit le dessus : celui de faire un jour partie de cette communauté. Cette ouverture soudaine me submerge. Sans avertissement, l’écho des paroles prononcées plus tôt par l’une des porte-parole de l’organisme me frappa de plein fouet :

« La transition de la vie à la mort est notre dernière expérience de vie. Elle peut être traumatisante, mais elle peut aussi se faire en douceur, si l’on sent qu’on nous tient la main pour nous dire adieu avec amour. Voilà la mission de Palliacco, et je crois que tous les humains devraient avoir le droit à cet accompagnement. »

En prenant toute la mesure de ce partage sincère, une question surgit directement de mon inconscient et s’éleva alors : Et si notre plus grande crainte n’était pas la mort elle-même, mais plutôt la peur de quitter ce monde seuls et ignorés ?

Près de deux ans plus tard, maintenant ancré dans cette communauté en tant qu’employé dévoué à la cause, la connexion avec ce moment s’est concrétisée. J’ai fini par comprendre que ce que j’avais ressenti ce jour-là, c’était l’Effet Palliacco.

Et vous ?

Comment décrire cette force intangible qui pousse chacun de nous à devenir meilleur ?

On peut sans aucun doute l’associer à ce sentiment réconfortant que l’on éprouve lorsque, traversant une période sombre ou de remise en question, on réalise que l’on n’est pas seul pour surmonter son épreuve.

Certains pourraient aussi la décrire comme l’élan du cœur qui pousse tout être humain à s’ouvrir aux autres et à poser des gestes concrets pour améliorer le quotidien des personnes en situation de vulnérabilité.

Ou serait-ce simplement une occasion de reconnaître, par un geste concret, la bonté dans le cœur de l’autre ?

Est-ce quelque chose qu’on a en dedans de soi ou que l’on acquière avec le temps ?

La seule certitude que j’ai aujourd’hui, c’est que l’Effet Palliacco ne représente pas la fin de toute chose, mais bien le début de tout… et j’ai l’intention de continuer à explorer toutes ses possibilités !

Et pour vous, comment pourriez-vous décrire l’Effet Palliacco ?