
Faire du bénévolat en soins palliatifs dans les Laurentides
Lecture : 4 minutes
Par Jo Ann Champagne
À l’occasion de la Semaine de l’action bénévole, Jo Ann Champagne, bénévole chez Palliacco, partage son parcours et ce que signifie pour elle offrir une présence humaine auprès des personnes en soins palliatifs dans un hôpital des Laurentides. À travers son témoignage, elle raconte comment le bénévolat peut transformer notre regard sur la vie, la fragilité humaine et la valeur d’une simple présence.
Un parcours dans le monde littéraire et culturel
Plus d’une trentaine d’années ont façonné mon parcours dans le milieu littéraire et culturel. J’ai dirigé une société de communication spécialisée dans ce domaine, d’abord au Québec, puis en France.
J’ai eu le privilège de travailler à travers la francophonie et de contribuer au rayonnement d’écrivains de renommée internationale.
Mon travail consistait à mettre en lumière des œuvres, à élaborer des stratégies pour les faire connaître et à réfléchir aux meilleures façons de les positionner dans un univers exigeant et compétitif. Il fallait analyser, structurer, convaincre. Trouver l’angle juste. Se démarquer.
Ce monde exigeait diplomatie et expertise. Il comportait une part de visibilité, de représentation, de paraître. Mais sur l’échiquier, malgré les plans de communication et la portée internationale des projets, une chose demeurait non négociable pour moi : l’écrivain — l’humain avant tout.
Derrière chaque livre, chaque œuvre, il y avait une personne avec ses doutes, sa vulnérabilité, son histoire. Mon rôle n’était pas seulement de promouvoir un travail. Il s’agissait de respecter, d’accompagner et de protéger cette part fragile.

Avec le recul, je comprends que cette attention constante à l’humain m’a préparée, à mon insu, à mon engagement comme bénévole en soins palliatifs dans un hôpital des Laurentides, un engagement profondément humain qui prend tout son sens, notamment durant la Semaine de l’action bénévole.
La porte de l’unité des soins palliatifs
Lorsque j’ai franchi pour la première fois la porte de l’unité des soins palliatifs, j’ai senti que j’entrais dans un tout autre espace.
Ici, plus rien ne tient du paraître. Les titres, les réussites, les distinctions s’effacent doucement au seuil de la chambre. Il n’y a plus d’image à soutenir, plus de positionnement à défendre. Il ne reste que l’être.
Dans ces lieux où l’accompagnement de fin de vie prend toute sa dimension humaine, le temps change de texture. Il ralentit. Il s’approfondit.
On apprend à s’asseoir sans agenda. À écouter sans chercher à orienter la conversation. À tenir une main sans vouloir corriger quoi que ce soit.
Comme dans le milieu littéraire, je retrouve la vulnérabilité. Mais ici, elle est dépouillée de toute mise en scène. Il n’y a plus d’œuvre à présenter au monde. Il n’y a qu’une personne qui traverse l’ultime étape de sa vie.
La simplicité radicale
Être bénévole en soins palliatifs, pour moi, c’est consentir à cette simplicité radicale, d’une douceur feutrée et enveloppante.
Je découvre que la présence véritable n’a rien de spectaculaire. Elle ne s’affiche pas. Elle ne se mesure pas. Elle se vit dans le silence partagé, dans un regard qui se croise, dans une respiration qui s’apaise.
Parfois, il suffit d’être là. Et cela suffit.
Ce que le bénévolat m’apporte
Ce bénévolat auprès de personnes en fin de vie m’a profondément transformée.
Il m’a appris que notre valeur ne réside pas uniquement dans ce que nous accomplissons, mais dans la qualité de notre présence. Il m’a rappelé qu’au-delà de chaque rôle social, il y a simplement une personne qui souhaite être reconnue dans sa vérité.
En soins palliatifs, l’être l’emporte définitivement sur le paraître.
Je constate aussi combien ces rencontres m’enseignent la gratitude. La fragilité humaine, lorsqu’elle se révèle sans masque, nous ramène à l’essentiel. Aux gestes simples. À la douceur d’une lumière sur les montagnes des Laurentides. À la richesse d’un moment habité.
Invitation au bénévolat
On croit accompagner. Mais bien souvent, ce sont les personnes que nous visitons qui nous accompagnent intérieurement. Elles nous rappellent que la vie ne se résume pas à une accumulation de réussites ou de stratégies bien menées. Elle se mesure en authenticité, en liens vrais, en instants pleinement vécus.
Mon parcours professionnel m’a appris à faire rayonner des œuvres et à honorer celles et ceux qui les portent. Le bénévolat en soins palliatifs m’invite aujourd’hui à rencontrer l’être dans son plus grand dépouillement.
Si vous ressentez, vous aussi, ce désir de donner un peu de votre temps, d’offrir une écoute, une présence, un regard bienveillant, sachez que le bénévolat en soins palliatifs est un espace où chaque geste compte.
Il n’est pas nécessaire d’être expert. Il suffit d’être disponible, humain, ouvert.
S’engager comme bénévole, c’est accepter d’entrer dans une relation vraie, simple et profondément touchante. C’est découvrir que, dans le don de soi, nous recevons souvent bien davantage que ce que nous offrons.
Je suis reconnaissante de pouvoir vivre cette expérience grâce à l’existence de Palliacco et de son équipe engagée. Leur accompagnement et leur confiance permettent à des bénévoles comme moi de trouver leur juste place auprès des personnes en fin de vie et de leurs proches.
La présence qui suffit
Aujourd’hui, lorsque j’entre dans une chambre, je n’apporte ni expertise ni plan d’action. J’apporte simplement ma présence.
Et je repars, chaque fois, un peu plus consciente de la fragilité et de la beauté d’exister.
Au fil de cet engagement, un désir d’approfondir cette réalité s’est doucement imposé à moi, m’amenant à un retour aux études et à entreprendre une formation à l’Université de Montréal, dans le programme Fin de vie et soins palliatifs.
Le bénévolat est souvent un geste offert aux autres, mais il peut aussi transformer profondément celui ou celle qui s’engage.
Dans cet espace intime qu’est la fin de vie, j’apprends, encore et toujours, que tout ce qui importe est d’être là, pleinement, simplement, humainement, sans jugement, le cœur ouvert.
Jo Ann Champagne