
Par Martin Dumont
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Avez-vous déjà eu l’impression qu’il faut parfois frôler la mort pour mieux apprécier la vie ? Isabelle Lavallée, 54 ans, de Sainte-Agathe-des-Monts, connaît bien ce sentiment.
Au printemps 2025, elle apprend que son cancer du rectum progresse… encore. Ce n’est pas la première fois qu’on lui annonce une telle nouvelle. Trois fois déjà, elle avait affronté la maladie et cru en être sortie.
« Cette fois, ça a été plus difficile à recevoir. Je pensais vraiment être parvenue à passer au travers. Je ne veux pas mourir. Je fais ce que je peux pour continuer à vivre, mais la maladie avance malgré tout », confie-t-elle avec une plénitude désarmante.
Après une quantité impressionnante de chirurgies, de traitements – chimiothérapie, radiothérapie –, après avoir réinventé son alimentation, exploré la méditation, le yoga et la pensée positive, Isabelle a décidé, doucement, de lâcher prise.
« J’ai tout fait pour aller mieux. Maintenant, ce sont les beaux moments, avec les personnes que j’aime, qui me rendent heureuse. »
Rester elle-même
Isabelle pourrait encore suivre une chimiothérapie palliative, qui prolongerait peut-être sa vie. Mais les traitements la fatiguent, altèrent son humeur et surtout… lui enlèvent ce qui lui reste d’énergie pour être elle-même.
« Quand je suis en traitement, je ne me reconnais plus. Je perds le contact avec mon esprit, celui qui me permet de méditer. Et c’est justement la méditation qui m’aide à rester stable et à savourer les petits bonheurs du quotidien. »
Parmi ces petits bonheurs, il y a Charlot, son chien, avec qui elle marche encore une quinzaine de minutes par jour.
« Ça me fait vraiment du bien, mais je dois doser chacune de mes forces », explique-t-elle. La fois où elle a fait 30 minutes de raquettes, il lui a fallu deux jours complets pour s’en remettre.
Donner… et recevoir
Isabelle est profondément reconnaissante de l’aide qu’elle reçoit.
« Si mes enfants n’étaient pas là, je n’aurais pas l’énergie de faire tout ce que je fais. La présence de ma famille et de mes ami.e.s… ça me porte. On partage de si beaux moments ensemble. »
Elle continue aussi de recevoir les services de Palliacco.
« Aux deux semaines, Liliane vient me voir. Elle prend de mes nouvelles, on parle de tout et de rien. Elle est tellement chaleureuse et bienveillante. Sa présence me fait un bien fou! »
Une dernière Randonnée
Isabelle avait déjà marché pour soutenir la Fondation québécoise du cancer. Cette année, elle a décidé de créer sa propre équipe pour la Randonnée sous les étoiles, qui aura lieu le 14 février à Sainte-Agathe-des-Monts.
Son équipe s’appellera Les Flamboyant.e.s. Famille, ami.e.s, proches d’ici et d’ailleurs… tous marcheront pour elle, avec elle, même si elle ne pourra pas les accompagner physiquement.
« Je sais que mes proches vont se mobiliser. Ils le feront pour la cause, mais aussi pour moi. Ça fait du bien d’avoir un projet… de donner un sens à la vie, malgré ma situation. Je ne pourrai pas marcher à leurs côtés, et oui, ce sera un moment très émotif. »
Vers une mort lumineuse
Isabelle parle de la fin avec une paix attendrissante.
« Moi, j’ai envie de vivre une mort lumineuse. Les personnes autour de moi me le disent : ça leur fait du bien de me voir en paix, même si on sait tous ce qui s’en vient. »-Isabelle Lavallée
Elle poursuit :
« J’ai longtemps vécu sans penser à la mort. Mais aujourd’hui, je crois que le plus beau cadeau qu’on peut se faire, c’est de s’y préparer pour qu’elle soit douce, lumineuse. Rien n’est permanent… il faut l’accepter. Et quand on réussit à rester en paix malgré la fin qui approche, ça donne de l’espoir à ceux qui nous aiment. Ça leur montre qu’il y a toujours de la lumière, quelque part, même dans les moments difficiles. »